Centre de formation et de consultation

Pour humaniser la communication

Les interventions

La considération, source de santé

Je pense que la vie est parfaitement conçue! Elle ne supporte pas le déséquilibre et c'est la raison pour laquelle elle nous conduit à chaque instant à rétablir notre équilibre psychique et physique. Encore faut-il être en mesure de comprendre son fonctionnement pour entendre cet appel, cette alarme parfois stridente, si simple, si flagrante qu'il échappe encore à notre conscience.

L'élément qui nous échappe, et qui pourtant constitue la clé de voûte de cet équilibre, c'est ce que j'appelle nos "besoins existentiels fondamentaux" (voir l'article publié dans ce blog). C'est notre besoin de se sentir exister grâce à la considération, à la reconnaissance, à la compréhension, à l'écoute, à l'amour. Nous avons besoin de nous sentir exister dans le regard de l'autre. Lorsque la considération ne nous est pas accordée, il y a une carence qui vient troubler notre santé. Le mal-être vient exprimer que quelque chose nous manque et attirer notre attention là où elle a besoin d'être portée.  

Les symptômes n'existent pas pour nous indiquer qu'il y a un désordre en soi à combattre, à éradiquer ou à anesthésier comme nous le faisons communément, mais plutôt pour nous indiquer qu'un ordre en soi cherche à s'établir. Ce qui nous dérange, c'est pour nous alerter de ce qu'il faut entendre

Comme un caillou dans la chaussure nous fait mal au pied pour nous indiquer qu'il faudrait porter son attention sur la cause de cette souffrance et retirer ce caillou afin d'aller mieux. La douleur est alors l'appel à notre conscience de l'ordre en soi qui cherche à se rétablir. Si l'on tente d'anesthésier la douleur, la cause de la souffrance ne peut être perçue et cela ne permettra que de soulager le symptôme, mais pas l'origine de ce symptôme.

Pour comprendre les mécanismes de ce principe, il est nécessaire de parler de la constitution de notre psyché. Tout d'abord sur notre unicité individuelle composée de qui que nous sommes dans notre présent, unique car il n'est pas celui qu'il était la veille, ni celui qu'il était 3 ans auparavant, ni celui qu'il était à 10 ans, 3 mois ou dans le ventre de sa mère... Qui nous sommes dans le moment présent forme un tout avec tous ceux que nous avons été à chaque instant de notre vie, ainsi qu'avec tous ceux dont nous sommes issus. 

L'image métaphorique peut nous permettre d'aller plus loin dans l'explication de notre fonctionnement : Imaginez une immense salle avec autant de sièges pour que chaque part de soi puisse y prendre place. Cette salle représente l'individu dans son ensemble, dans son présent, qui y contient chaque part de soi ayant vécu à un moment donné de son existence. Chaque part, (un être à part entière), y a sa place pour avoir existé à un moment donné. Un siège lui est réservé, mais il ne peut s'y assoir qu'à une condition, c'est d'avoir éprouvé le sentiment d'exister! Pour éprouver ce sentiment, il faut avoir éprouvé le sentiment d'expansion que procure la considération, le respect de son être tel qu'il est dans sa différence. 

Dans le cas contraire, dans le cas où l'être a éprouvé le sentiment d'être dévalorisé, incompris, non reconnu, non considéré, alors cette part de soi se sent réprimée, n'ayant pas éprouvé le sentiment d'exister, elle ne pourra pas intégrer sa place, où seules les parts de soi qui se sentent exister peuvent s'assoir. Cette part de soi mise de coté, non intégrée, restera en attente dans un coin, en attente qu'une attention lui soit un jour accordée pour lui permettre d'exister.  

Le désordre va alors se mettre en place. Des symptômes divers et variés, psychiques et physiques, se manifestant, non pas pour être combattus, mais pour entendre, pour alerter qu'un ordre cherche à se rétablir en soi.  Ce sont les parts de soi restées en attente de considération qui se manifestent à travers ces symptômes pour tenter de prendre leur place. Des symptômes peuvent se transmettre à travers les générations, tellement c'est important de se sentir entendu et reconnu pour avoir le sentiment d'exister. Plus il y aura de parts de soi en attente de considération et plus l'être manifestera des tentatives de rétablir son équilibre par des symptômes. 

Nous n'avons pas mesuré l'ampleur des violences que nous exerçons sur nous-même, que nous faisons subir et que nous subissons des autres au quotidien. Certaines violences, les plus communément répandues, sont  masquées par des intentions de bienveillance. je les nomme nos violentes bienveillances, car elles manquent profondément de considération envers les individus, par ignorance et par inconscience des conséquences de nos actes et de nos paroles.  

Le manque de considération s'est répandu telle une gangrène, sans que personne ne réalise à quel point elle a atteint toutes les strates de notre société, que ce soit au niveau individuel, familial, professionnel, institutionnel, politique, économique... Les symptômes directement liés à ce phénomène sont appelés anxiété, stress, burn-out, déprime, agressivité, tristesse, addiction, etc. Les symptômes physiques sont appelés troubles musculosquelettiques, maladies cardio-vasculaires, troubles gastro-intestinaux, maux de têtes, zona, psoriasis, etc. La liste est bien plus longue! Aussi, la cause de ces symptômes, l'origine de la majorité de nos problèmes de santé, qu'ils soient psychiques, physiques, relationnels, comportementaux, provient des carences de nos besoins existentiels fondamentaux.   

Dans l'exemple du caillou dans la chaussure, ce n'est pas lui qui trouble notre santé, c'est le fait de le laisser en place, de continuer à marcher malgré les symptômes, (la gêne, la douleur) qui tentent de nous avertir qu'il faut porter son attention sur ce qui fait mal. 

Autrement dit, ce n'est pas un évènement qui déséquilibre notre santé, ce n’est pas ce qui s’est passé, ni ce que l'on nous a fait qui est la cause de nos souffrances, mais ce que nous avons fait de nos ressentis au moment de l'évènement. La qualité d'écoute, de reconnaissance, de considération, de chaleur humaine qui aura été accordée à celui que nous étions au moment de l'évènement, déterminera sa capacité à se rétablir ou à tomber malade pour rappeler que la considération a manqué à un moment donné.  Le symptôme est le lien précieux entre qui nous sommes dans notre présent et tous ceux que nous avons été qui sont en attente d'être intégrés grâce à la reconnaissance, l'écoute et la considération. 

Mais les sièges restés vides provoquent une sensation insupportable de manque. Un manque qu'il nous faut compenser (pulsion de survie) en développant un excès de faire, un paraître par manque d'être. Ce sentiment de vide en soi est compensé par divers comportements plus ou moins nocifs pour sa santé. Les addictions, les comportements à risque, viennent compenser nos manques d'être. 

Aussi notre culture nous éloigne de nos ressentis : "Allons, calme toi!", "Allez, sois fort!" "N'y pense plus!", "Arrête de pleurer...", "Ne te laisse pas aller!", "Tu es ridicule de penser cela!", "Mais ne t'inquiète pas!"...  Autant de violences exercées sur soi-même et sur les autres qui dénigrent la considération des ressentis, la différence d'être. On nous demande de cesser d'être soi pour paraitre qui l'on est pas. On nous enseigne comment être relationnels (fermé à soi et aux autres) au lieu de nous enseigner comment être communicationnels (voir l'article dans ce blog "Savoir différencier la communication de la relation").

C'est pourquoi la communication est rare. Être communicant c'est s'ouvrir à ses ressentis et à ceux des autres sans les juger, juste accueillir, écouter, accorder de la considération et permettre à l'autre d'exister tel qu'il est réellement, c'est à dire avec ses qualités et ses défauts. La communication procure un bien-être profond qui provient de la sensation d'exister, grâce au bonheur d'être vu dans le regard de l'autre. 

La communication d'aide prévient les troubles psychiques et physiques. La communication thérapeutique permet de réhabiliter les parts de soi en attente d'attention.  Ainsi, plus l'enseignement de la communication remplacera l'enseignement de la relation entre individus, plus cela aura un impact direct et positif sur notre santé. 

 

Catherine Sarrade

12/12/12

www.catherine-sarrade.com

 

 

 

<<< Retour à la page de présentation