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Comment être chaleureux dans la relation d'aide

La notion de « distance » avec autrui est trop souvent mise en œuvre chez les professionnels de la relation d’aide, y compris dans le milieu des « psy ».

La chaleur humaine ne fait malheureusement pas partie des critères de compétence requis des professionnels de la relation d’aide. Ce constat est d’autant plus regrettable qu’il est possible d’enseigner aux futurs soignants et travailleurs sociaux comment être chaleureux sans se sentir vulnérable. Il est possible d'apprendre à être en "contact" avec un être humain. La réjouissance de voir l'autre nous permet de nous sentir "touchés" et c'est ce qui procure le bonheur d'exercer sa profession.

Il est néfaste d’être distant

Une vieille croyance est encore transmise, consistant à penser qu’il est nécessaire de devoir se protéger de la souffrance d’autrui et, paradoxalement, qu’il faut savoir être dans l’empathie*. Ces croyances montrent la méconnaissance que nous avons du bon positionnement à adopter et nuisent à la fois à l’aidant et à l’aidé.

Lorsque l'on ressent le besoin de se protéger c’est parce que l’on se sent vulnérable et cet état vient du fait de ne pas savoir se positionner face à autrui. En effet, la qualité de son positionnement dépend du regard que l’on porte sur l’autre. Notre intention détermine nos pensées, qui déterminent notre positionnement… Si nos pensées sont portées sur l’histoire de l’individu, sa douleur ou sa propre intention d’agir contre le problème de l'autre, nous nous plaçons alors dans une position erronée qui nous fragilise.

Si l'on pense à la mort prochaine de celui qui est en face de soi, on ne peut se réjouir. Mais on peut se réjouir de regarder l'être qui est en face de soi. Aucune distance n’est alors nécessaire et la chaleur humaine qui émane permet de nourrir nos besoins existentiels fondamentaux (voir l’article « Nos besoins existentiels fondamentaux » ). L’efficacité professionnelle ne dépend pas que de la qualité de faire (compétences techniques) mais aussi de notre qualité d’être, qui induit la qualité d’écoute, d’attention délicate et de considération chaleureuse envers l’autre.

Savoir porter notre attention sur l’individu et lui accorder de la considération est possible grâce à l'ouverture de soi. Cette ouverture n'est possible qu'avec la confiance en soi et en l'autre.

Il est fondamental d’être distinct.

Chaque fois que nous avons des problèmes de vulnérabilité face à la douleur d’autrui, c’est parce que nous ne savons pas être distincts.

Etre distinct, c’est ne pas se mettre à la place de l’autre pour ressentir ce qu’il ressent (C’est ne pas être dans l’empathie !) car nous ne sommes pas l’autre! Nous n’avons pas à nous identifier à l’autre, car il est essentiel de rester à sa place, de rester soi. Mais de la place d’où nous sommes, nous pouvons parfaitement entendre et comprendre la difficulté d’autrui.

L’importance du positionnement

Certains professionnels de l’aide, y compris certains psy, disent devoir se « nettoyer » ou se purifier des problèmes de ceux qu'ils aident. Avec un tel état d’esprit, il est impossible d’être naturellement ouvert et chaleureux face à ceux qui ont besoin de se sentir exister à travers notre regard. 

Lorsque notre positionnement est erroné, l’aidant et l’aidé ressentent du mal-être.  L'aidant, horrifié par l’histoire ou la douleur d’un individu, peut ressentir la difficulté de contenir sa propre souffrance en adoptant des comportements inadaptés et néfastes. Pour se distancer il peut s’insensibiliser, exprimer de la froideur, devenir maltraitant, cynique, méprisant et/ou agressif.

Contrairement à ce que l’on croit, nous sommes vulnérables quand nous éprouvons le besoin de mettre de la distance pour se protéger de la souffrance de l’autre. En effet, ce n’est pas l’absence de distance qui nous fragilise, mais le fait de se mettre à la place de l’autre et de ne pas savoir se distinguer de ses problèmes.  

En face, l'aidé, pour qui la qualité de l’aide est importante, éprouve du mal-être de n’incarner qu’un problème ou une souffrance (être réduit à l'état de "quelque chose"), au lieu d'être perçu comme un être humain (quelqu’un). Ne se sentant pas exister à travers ce regard, l’inconscient le ressent fortement comme un manque à son besoin existentiel. Cela rajoute une douleur supplémentaire à sa douleur d’origine.

Un travailleur humanitaire m’a parlé de son mal-être pour avoir aidé pendant plusieurs jours une femme qui a été amputée dans des conditions très difficiles. Son mal-être provenait du fait que son positionnement ne faisait qu’osciller entre la souffrance physique de cette personne, sa souffrance psychique et le terrible évènement qui lui était arrivé. D’une intention merveilleuse de vouloir aider, ils ressentaient tous deux du mal-être. S’il avait appris à se distinguer du problème pour placer son regard sur l’être, il aurait éprouvé le bonheur de se sentir touché par cette femme. De même, cette femme qui a tant besoin de se sentir perçue au-delà de son problème, aurait éprouvé du bonheur de se sentir exister à travers le regard porté sur elle.

Nous noterons la différence entre le fait d’être touché (validation existentielle) et le fait d’être affecté (contretransfert). Être affecté, c'est recevoir un choc psychique quand notre attention est portée sur quelque chose. Se sentir touché, c’est ressentir la réjouissance  d’être en contact avec l’autre malgré son problème.

Rappelons qu'il s’agit de rester distinct de l’histoire, du problème, de la souffrance d’autrui, mais de rester toujours très proche et chaleureux envers l’être qui est face à nous. C’est le regard que l’on porte sur l’autre qui est essentiel à son bien-être. La qualité de ce regard détermine la qualité de l'aide.

On peut être humain sans être professionnel, mais on ne peut pas être professionnel sans être humain !

*Définition du mot "empathie" dans le dictionnaire Robert: Factulté de s'identifier à quelqu'un, de ressentir ce qu'il ressent.

 

Catherine Sarrade, le 13 janvier 2012

 

Inspiré des écrits de Thierry Tournebise

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