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La douleur d'un deuil

L’origine du mot « deuil » vient de dolus, qui signifie « douleur ». Aussi, l’interprétation de l'expression « Faire le deuil de quelqu'un» ne signifie pas cesser de souffrir suite à la perte d'un être cher, mais plutôt vivre pleinement sa douleur de deuil.

« Devoir faire son deuil » est difficile à entendre pour un individu qui a perdu un être cher, car cela sous-entend trop souvent qu’il doit aller de l’avant et "oublier" pour continuer. Or, quand on se trouve séparé de quelqu'un que l'on aime, on ne voudrait pas devoir l’oublier.

La douleur du deuil a un rôle extrêmement important : Faire ressentir des symptômes pour obliger à mettre notre attention sur ce qui a besoin d’être entendu et reconnu à sa juste valeur. Il s’agit de comprendre la nécessité de reconnaitre et valider le ressenti de celui qui a vécu la douleur au moment de l'évènement. C'est ce processus qui va permettre un profond sentiment d'apaisement.

En effet, tant que le ressenti de celui qui a perdu un être cher n’est pas reconnu, la douleur subsistera sous différentes formes de symptômes : pensées obsessionnelles, insomnie, dépression, troubles alimentaires, etc. La douleur existe pour orienter l’attention sur ce qui a besoin d’être entendu.

La qualité de la communication a un rôle essentiel pour permettre de rétablir l’équilibre suite à un deuil. Mais juste "exprimer" son ressenti est différent de "communiquer" son ressenti. Car pour qu'il y ait communication, il faut qu'il y ait l’accueil et validation existentielle. Toute la difficulté est de savoir accueillir ce qui nous est dit en portant son attention sur la personne plus que sur l’information :

« - Mon mari est suicidé.

 -  Comment le vis-tu?

Le dialogue peut ainsi se poursuivre avec la confiance qu'il y a une réelle attention sur le ressenti de l'individu qui s'exprime. A noter que l'attention est portée sur l'individu, alors que quand l'intérêt est porté sur l'information, il suscite des questions de curiosité sur quand, comment, pourquoi, ou encore quoi faire... Cela empêche de voir l'être qui vit le deuil.

Nous sommes trop souvent désemparés et maladroits en cas de vécu douloureux personnel ou face à la douleur des autres. Trop souvent l’erreur sera de vouloir éloigner le sujet de son ressenti.

Venant de l'extérieur, beaucoup d’erreurs relationnelles proviennent du fait de vouloir faire… Comme vouloir rassurer « dans quelques mois ça ira mieux… » Vouloir aider « Tu devrais voir un médecin (pour prendre des médicaments)… » Vouloir déculpabiliser « C’est pas de ta faute, tu ne pouvais pas prévoir… » Vouloir donner son avis «  je pense qu’il … », ou son expérience « j’ai un collègue qui a aussi perdu son fils… » Ou encore juger la situation « c’est terrible ce qui t'arrive… » ou ce qui est exprimé « ho ! la ! la ! tu dois être dans un de ces états...!  » Autant d’erreurs qui peuvent, dans les cas les moins graves, juste incommoder, mais trop souvent choquer, créant ainsi une douleur supplémentaire à la douleur existente!

Vécu de l’intérieur, celui qui vit le deuil peut chercher à se distraire pour paraitre fort, prendre des médicaments pour aider à supporter la douleur, en parler à qui veut bien l’entendre. Mais quand il comprend que personne n’est capable de considérer pleinement ce qu'il exprime, il cesse alors d’évoquer sa douleur : « ça ne sert à rien d'essayer de dire ... Personne n'entend. »

Mais s’éloigner de ce que l’on ressent ne dure qu’un temps (de quelques jours à quelques années), car tout ce qui reste non entendu, non reconnu, enfouit, contrôlé, nié, rejeté ressurgit un jour ou l’autre sous des formes bien diverses de symptômes. Toutes les pratiques mises en œuvre pour s’éloigner de ses ressentis sont totalement inefficaces et peuvent même s'avérer dangereuses.

La qualité de l’écoute consiste à offrir à l’autre la possibilité d’exprimer ce qu’il ressent sans juger si c'est bien ou pas de l'éprouver. Il peut arriver que l'on ressente de la colère envers celui qui nous a quitté. Cette colère ne peut être jugée par celui qui l'entend, et même le sentiment de culpabilité d'éprouver cette colère nécessite de la reconnaissance. 

Lorsque l'on accède à la dimension des ressentis, (dimension du ressenti de l'être à un moment donné) on a alors accès à des compréhensions subtiles auxquelles on n'accède pas d'ordinaire. Cela s'explique du fait que cette dimension est sans espace-temps, tout est là dans notre présent (notion uchrotopique).

La douleur n’a alors en principe plus de raison d’exister dès que le sujet a été entendu. Si la sensation d'apaisement instantané n'est pas pleinement ressenti, c’est qu’il reste quelque chose d’important à exprimer pour compléter l’ensemble de ce qui doit émerger. C'est comme si les éléments restés dans l’ombre maintiennent un mal-être nécessaire pour ne pas être oubliés tant qu'ils n'ont pas totalement émergé à la lumière de notre conscience.

Nous comprenons alors que  le deuil n’est pas à dépasser pour permettre de passer à autre chose, mais que la douleur existe spécialement pour être entendue. Tant que l'individu ne s'est pas rencontré il a un sentiment de manque et c'est ce qui est douloureux. La rencontre permet à chacun d'être à sa place, ce qui fait disparaître les symptômes instantanément. Ce n’est pas l’oubli qui s’installe, mais un profond sentiment d’apaisement, une quiétude intérieure.

Catherine Sarrade

Le 22/12/2011


Sur ce sujet, vous pourrez aussi lire l'article de Thierry Tournebise "Le deuil"

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